samedi 30 mars 2013

le poivre: l'épice de la fortune



Le poivre est l’une des épices les plus consommées à travers le monde. Au vu des conditions écologiques qui sont très favorables à sa culture sur une bonne partie du Cameroun, les prix très attractifs sur le marché national et international, il est judicieux et indiqué pour ceux qui en ont les possibilités, de cultiver le poivre. Ceux qui le font actuellement s’en frotte les mains. Ce dossier vous donne des informations sur sa culture, sa transformation et sa commercialisation.

« Des grossistes consignent la production à 1 voire 2 millions avant les récoltes »
Fomepa Matthieu, Ingénieur des eaux, forêts et chasse, mène des recherches sur la culture du poivre à Penja
«La culture du poivre est très rentable. En milieu paysan, les rendements tournent autour de 1000 kg à l’hectare. Mais l’on peut dépasser 4 tonnes à l’hectare dans les champs modernes. En multipliant ce chiffre par 3500 F cfa le prix moyen d’un kg de poivre, l’on gagne entre 3 500 000 et 12 millions de Francs cfa par an. De quoi faire de la culture de poivre un métier. La demande est très forte, des producteurs vendent même leur poivre avant la récolte. Une fois que les poivriers fleurissent, des grands commerçants de poivre viennent ici à Njombé consigner la production en remettant parfois 1 à 2 millions aux producteurs de poivre. L’on peut également vendre son poivre plus cher, entre 5000 F cfa et 6000 F cfa dans la période de Mars à Juillet où le poivre manque un peu plus. Même à dans la sous-région et à la l’étranger, notre poivre est très sollicité. Nous n’exportons pas assez tout simplement parce que notre production est encore faible, pas parce qu’il manque d’opportunités.

La récolte s’étend sur 6 mois, et après le poivrier entre dans un petit repos végétatif. Jusqu’ici, ce sont les grossistes qui livrent dans les grandes surfaces. Celui qui veut se lancer dans la culture du poivre a deux principales dispositions qu’il doit observer. Premièrement veiller à ce que le PH de son sol soit inférieur à 5,5 car au-delà de ce PH, le poivrier à trop de peine à pousser. Il faut aussi savoir que le poivrier ne pousse pas dans des zones désertiques. Au fur et à mesure l’on monte en altitude, les rendements baissent aussi. Ensuite, il faut acheter le bon matériel végétal avec l’aide d’un connaisseur. A cause de l’appât du gain, des gens utilisent des boutures inappropriées pour faire des pépinières. Les meilleures boutures proviennent des tiges qui sont directement reliées à la tige principale. L’autre obstacle que des producteurs signalent aussi est celui de l’obtention des tuteurs vivants. La plupart se focalisent sur l’érythrine alors qu’il existe une très grande variété d’espèces qui peuvent être utilisées.

Des gens viennent de la région du centre pour chercher des tuteurs ici au Littoral alors que dans leurs propres forêts, ils ont par exemple le Ceiba pentedra (Doum en langue locale), le Bombax anguli-carpum (Essong-doum en langue locale), l’Albizia ferruginea (Evouvous en langue locale) et bien d’autres encore. Si on n’en trouve pas en grande quantité, l’on peut faire un petit parc à bois bord champ où on les multiplie progressivement. Je conseille à ceux qui se lancent dans le poivrier de planter les tuteurs un an avant, pendant que ces tuteurs évoluent, ils peuvent donc mettre en place leur pépinière de poivriers qui durera 6 à 8 mois. Le taux de réussite est d’environ 60% en pépinière, donc il faut toujours mettre un grand excédent de boutures pour ne pas en manquer. Une fois le champ mis en place, Il faut faire des traitements fongiques régulièrement, pour prévenir les dégâts d’un champignon appelé phytophtora palmivora qui s’attaque au poivrier, et qui peut décimer des champs entiers. » Irénée Modeste Bidima

« Je vends le kilo de poivre bio à 10 000 F cfa, et je n’ai aucune peine à écouler ma production »
Zolo Pierre, producteur de poivre à Dzeng, à environ 60 km de Yaoundé

« Je vends le kilo de poivre bio à 10 000 F cfa, et je n’ai aucune peine à écouler toute ma production. La culture du poivre rapporte, grâce à mes revenus, j’encadre sans difficultés mes enfants, certains sont à l’Université et d’autres dans le secondaire. De temps à autre, j’ai aussi des rentrées d’argent venant de la vente plants de poivriers. La culture du poivre nourrit pleinement son homme. Je me suis investi dans la culture d’un poivre bio, je n’utilise ni pesticides, ni engrais dans tout mon itinéraire de production. Cela a rehaussé la qualité de mon poivre qui est aujourd’hui très apprécié et recherché des consommateurs, d’autant plus que mon poivre est la variété gros grain. Je livre mon poivre principalement aux hôtels, aux restaurants et aux particuliers. Au départ, je me suis beaucoup investi dans la promotion de mes produits si bien qu’actuellement, j’ai un carnet d’adresses bien fourni.

Je vends généralement sur commande, les clients m’appellent pour que je leur apporte mes produits. Quand j’ai du temps, je n’hésite pas aussi à aller vers mes clients pour les ravitailler et je prospecte de nouveaux acheteurs. Le poivre m’a intéressée depuis mon enfance, et dès que j’ai pris ma retraite en 1994, je me suis reconvertit dans cette culture. Au début, j’ai eu beaucoup de difficultés à trouver du matériel végétal, mais j’ai aujourd’hui un champ de 2500 pieds de poivriers. Faute de moyens, j’ai utilisé des tuteurs morts au départ mais je suis entrain de les remplacer progressivement par l’érythrine que je multiplie moi-même. J’estime que tout ce que j’ai fait jusqu’ici l’a été à titre expérimental, car la parcelle que j’occupe actuellement m’a été cédée par la commune. Les résultats sont très concluants et j’envisage de créer une nouvelle et plus grande exploitation dans mon propre village. A ma suite, plusieurs personnes se sont également mises à cultiver le poivre dans la région du Centre, car j’ai réussi à démontrer que cette culture peut se faire dans d’autres régions du Cameroun autre que la zone de Penja. » I.M.B.

« La demande est très forte, car il n’y a pas un seul plat salé qui ne prenne pas de poivre »
Engoulou Emile, restaurateur à Yaoundé
« Le poivre a une place capitale dans la cuisine traditionnelle et moderne, en ce sens qu’il vient rehausser le goût des plats, il est plus apprécié que le piment car il est plus convivial et pas brutal. La demande est très forte localement et à l’étranger, il n’y a pas un seul plat salé qui ne prenne pas de poivre. Je conseille aussi l’utilisation du poivre grain, dans sa constitution la plus naturelle possible, car le poivre moulu perd certains de ses éléments et est facilement susceptible de contrefaçon. Le poivre est très consommé à travers le monde, et je pense que le poivre importé qui est vendu chez nous est dû à la faible production locale. Pour moi, le poivre produit localement est de très loin le meilleur et c’est ce que j’utilise dans mon restaurant. » I.M.B.

« La demande est très forte, car il n’y a pas un seul plat salé qui ne prenne pas de poivre »
Engoulou Emile, restaurateur à Yaoundé
« Le poivre a une place capitale dans la cuisine traditionnelle et moderne, en ce sens qu’il vient rehausser le goût des plats, il est plus apprécié que le piment car il est plus convivial et pas brutal. La demande est très forte localement et à l’étranger, il n’y a pas un seul plat salé qui ne prenne pas de poivre. Je conseille aussi l’utilisation du poivre grain, dans sa constitution la plus naturelle possible, car le poivre moulu perd certains de ses éléments et est facilement susceptible de contrefaçon. Le poivre est très consommé à travers le monde, et je pense que le poivre importé qui est vendu chez nous est dû à la faible production locale. Pour moi, le poivre produit localement est de très loin le meilleur et c’est ce que j’utilise dans mon restaurant. » I.M.B.